1667-1681 : Œuvres et objets, mémoire d’un grand chantier.

Le musée des Arts Précieux Paul-Dupuy conserve un certain nombre d’œuvres et d’objets contemporains des travaux. Cela peut être des médailles commémoratives, des estampes dédicatoires ou encore des objets de la vie quotidienne du chantier.

1667 : Lancement officiel des travaux

Folio 1 de « Onze figures pour Lettre à Monsieur Barrillon Damoncourt conseiller du Roy contenant la relation et la description des travaux qui se font en Languedoc pour la communication des deux Mers. Avec Figures. Par Mr de Froidour, conseiller du roy », Rouen, Jacques Lucas, 1674, in-12. Gravures à l’eau-forte de Florent François Rabault, imprimé à Toulouse. Inv. 67.37.1.

1er janvier 1667 : Les premiers chantiers sont lancés en Montagne Noire. La première entreprise des travaux débute avec la construction de la Rigole de la Plaine.

Détail de la carte ci-dessus. La Montagne noire et ses rigoles qui alimentent le canal du midi.

Détail du jeu du Canal Royal d’Andreossy, 1682

17 novembre 1667 : Lancement officiel des travaux à Toulouse

Case de l’Escluse de Garonne double. Détail du jeu du Canal Royal d’Andreossy, 1682

Cette écluse dite « directe » a été rapidement remplacée par le réseau de 3 canaux à la fin du XVIIIe siècle enjambés par les Ponts-Jumeaux
(voir Le canal cliché).

L’écluse de Garonne a été définitivement retirée dans les années 1970 suite aux travaux de construction de l’autoroute périphérique de Toulouse.

Premières pierres de l’écluse de Garonne à Toulouse

Le 17 novembre, les canons de l’Hôtel de Ville annoncent, par de nombreuses salves, le début de la cérémonie aux Toulousains.

Le lancement officiel des travaux du Canal a lieu le 17 novembre 1667 à Toulouse pour la construction de la première écluse, l’écluse de Garonne. Elle permettait la jonction entre le Canal (le bassin de l’Embouchure) et le fleuve, assurant lui-même la continuité de la navigation jusqu’à l’Océan Atlantique.

Pour l’occasion, Riquet organise une grande cérémonie où il convie les autorités politiques et religieuses.

Des médailles commémoratives (voir ci-dessous), en bronze, sont frappées, puis déposées dans les fondations de l’écluse de Garonne avant d’être lancées à la foule présente. Selon les auteurs de « L’histoire du canal par les médailles », Andréossy est l’auteur du revers de la médaille de fondation.

Ensuite, les deux pierres fondamentales de l’écluse ont été bénies puis posées par le premier Président du Parlement de Toulouse et par les Capitouls à l’aide de truelles et de bassins d’argent.

Focus sur les médailles :

Sur l’Avers non signé :
On voit le buste du roi représenté à la romaine. En légende : VNDARVM TERRÆQ[VE]. POTENS ATQVE ARBITER ORBIS. À l’exergue : LVD.[OVICVS]. XIIII FRA.[NCIAE] ET. NA.[VARRAE]. REX. (« Louis XIV, roi de France et de Navarre, puissant sur mer et sur terre, et arbitre du monde »).

Au revers :
Une vue en perspective du canal avec la ville de Toulouse et ses fortifications dans le fond. En légende : EXPECTATA DIV POPVLIS COMMERCIA PANDIT, et sur une banderole, au-dessus de la ville : TOLOSA. ǀ VTRIVSQVE MARIS ǀ EMPORIVM. (« Toulouse la ville de deux mers, facilite le commerce que les peuples ont si longtemps attendu »). À l’exergue : 1667.

En bronze, coulée à Toulouse, elle est placée lors de la cérémonie du 17 novembre 1667 dans les fondations de la première écluse, à l’embouchure du canal.

Le revers avec sa vue en perspective appartient à un style, plus fréquemment rencontré à cette époque dans les médailles italiennes que françaises. En revanche, les détails de la ville de Toulouse dérivent vraisemblablement d’une vue de 1642, republié en 1657 dans le Topographia Gallicae de Martin Zeiller (fig. 3), qui aura pu inspirer le dessin préparatoire d’Andréossy (lire William Eisler et Marie-Laure Le Brazidec, « L’histoire du Canal du Midi à travers les médailles », Patrimoines du Sud [En ligne], 17 | 2023)

A la suite de la cérémonie, elles furent distribuées en France et à l’étranger. Sur les deux faces on trouve l’effigie de Louis XIV, « arbitre du Monde », et la ville de Toulouse, « entrepôt des deux mers », précédée de l’écluse de Garonne. 

Cartel : Médaille d’or posée avec la première pierre de la première écluse du canal pour la jonction des Mers ou la ville de Toulouse est appelée la ville des deux Mers pour le Commerce à raison de ce canal qui unit ces Mers dans une Province dont cette Ville est la capitale (17 novembre 1667). Bronze. Inv. 24.829

1673 : début du service de transport

Dès 1673, le service de transport à passagers sur le canal du Midi est mis en place près de Toulouse. Après six ans de travaux, les premiers tronçons du canal à ses extrémités sont en voie d’achèvement. Pierre-Paul Riquet pense déjà aux premières barques de poste.

Le 27 mars 1673, il commande à l’ingénieur Pierre Roux et à ses hommes, les premières unités de barques de transport. Elles sont fabriquées à Gardouch, au sud-est de Toulouse et à Laval, près de Quillan (Aude). (M. Arnal, « La barque de poste et le système de transport des passagers sur le canal du Midi », Actu Toulouse.)

Lacombe suppose qu’il s’agit ici d’un projet pour la première barque de poste mise en service le 2 avril 1673 (Lacombe, 1967, pp. 67-68). Pour Mesuret
 » l’élévation demeure dans le goût italien avec les dessins à la plume relevés d’un lavis d’encre de Chine » et lui rappelle les croquis donnés en 1776 par Carcenac et par Moretti pour une barque de Poste (Archives du Canal) « dont les élévations et les coupes nous montrent les châteaux décorés à l’intérieur comme à l’extérieur de trophées, de consoles, de cartouches, de guirlandes et de festons dans le style néo-classique ».

Anonyme. Profil et plan d’une barque de poste
À la plume, lavis d’encre de chine relevé d’aquarelle. 1673 ? 402 x 554 mm. Inv. 242

« Le faitage porte la cloche et deux fleurs de lis. Le château qui est éclairé par seize fenêtres aux frontons alternés contient douze cabines et au centre une chapelle. Au bas est l’échelle en pan et canne mesure de Toulouse. Cat. Mesuret, 1967, n° 53. Lire aussi Jean-Michel Sicard, La barque de poste du Canal du Midi (1673-1868), 2012.

Un chantier et une gestion du travail innovante

Jetons de paiement (?) des ouvriers du Canal
Anonyme, Fin du XVIIe siècle (?), Zinc (?), inv. 24814, 24815, 24816

Ces trois petits objets ont longtemps été identifiés comme des jetons de paiement des ouvriers du Canal lors de sa construction de 1667 à 1681. Cependant, aucune source n’atteste aujourd’hui de l’utilisation de tels jetons dans l’histoire de l’ouvrage, ni même dans celle d’ouvrages de même type durant l’Ancien Régime.

D’ailleurs, Robert Mesuret, connu pour sa rigueur scientifique, ne les mentionne pas dans son catalogue sur le Canal du Midi.

Ces jetons permettent d’aborder une autre spécificité de ce chantier : les conditions de travail et de rémunération.

Le projet gigantesque du canal royal mobilise jusqu’à 12 000 hommes et femmes – paysans des campagnes environnantes, maçons, tailleurs de pierre, forgerons, manœuvres. D’abord rémunérés à la journée, ces travailleurs restent difficiles à fidéliser, beaucoup ne participant au chantier que de manière saisonnière.
À partir de 1669, dans le cadre d’une réorganisation encouragée par l’administration royale, Pierre‑Paul Riquet introduit des conditions de travail plus attractives, notamment la mensualisation des salaires. Cette mesure vise à stabiliser la main‑d’œuvre agricole et à limiter les départs. Elle ne suffit toutefois pas à enrayer durablement la mobilité des ouvriers.
Ces pratiques témoignent d’une attention particulière portée à l’organisation du travail sur le chantier, dans un contexte où les formes de travail contraintes (la corvée) restent encore largement répandues sous l’Ancien Régime. (sources : Archives municipales de Toulouse, fonds du canal du Midi et Archives du canal du Midi (Voies navigables de France)