Le temps des négociations
Brève chronologie des projets
Depuis l’Antiquité ce canal est imaginé, Riquet l’a fait !
Au nord des Pyrénées, il y a un isthme naturel, le sillon lauragais, qui relie l’océan Atlantique et la mer Méditerranée. Cette voie est probablement empruntée dès le paléolithique.
Brève chronologie des projets :
- Antiquité :
- 1er siècle avant J-C., sous l’empereur Auguste, l’idée de créer une voie d’eau émerge mais la connaissance technologique n’est pas suffisante. À défaut, La via Aquitania est construite pour relier Narbonne à Toulouse et Bordeaux.
- XVIe siècle : c’est la Renaissance (des projets antiques).
- 1539 : 1ère trace écrite d’un tel projet sous François 1er
- 1598 : mémoire de Pierre Reneau pour Henri IV
- XVIIe siècle : l’âge d’or du canal du Midi
- 1618 : Proposition de Bernard Arribat
- 1633 : Projet édité par Etienne Richot Joindre la mer Océane et la Méditerranée (Riquet a alors 24 ans).
- 1666 : Louis XIV signe l’édit de construction du canal royal du Languedoc.
En savoir plus sur les premiers projets : canal du Midi officiel
1662- 1666 : un roi à convaincre
L’ingénieur, l’archevêque et le ministre : trois grands hommes à la manœuvre.
L’ingénieur : Pierre-Paul Riquet (1609-1680)
Après avoir résolu le problème d’alimentation du canal en eau, Pierre-Paul Riquet doit convaincre le roi, Louis XIV, que ce projet est réalisable et rentable.

Il avance des arguments économiques et politiques : enrichir le Languedoc en développant le commerce, notamment en évitant le détour par Gibraltar.
L’œuvre : Le portrait a été gravé d’après la peinture de Sébastien Bourdon (1616-1671) réalisée en 1655. Elle est conservée aux archives du canal du Midi.
La scène inférieure figure Riquet exposant son projet à la Commission des Etas assemblée autour de la « fontaine de la Grave », près les pierres de Naurouze. Rémi Delvaux (1748 ?-1823) d’après Silvestre David Mirys (1742/50-1810), Eau-forte, 1805. Inv. 57.44.934 (cat. Mesuret, 1967, n° 72)
Pour en savoir plus sur l’ingénieur.

Anonyme d’après Sébastien Bourdon, Portrait de Pierre-Paul Riquet, XVIIe siècle (commons.wikimedia.org)
L’archevêque : Charles-François d’Anglure (1605-1669)
Premier personnage officiel auquel Riquet s’adresse pour lui présenter son projet en 1662.

L’œuvre : Hilaire PADER (1617-1677), Messire Charles d’Anglure de Borlemon Archevêque de Tolose, In Portraits et Armes des Présidents et des Conseillers du Parlement de Tolose depuis l’an 1444, folio 129. 1664. Pierre noire, sanguine, lavis brun et aquarelle. Inv. 92.2.1
Ce beau portrait représente Charles François d’Anglure de Bourlemont, archevêque de Toulouse et président des États du Languedoc de 1662 à 1664. C’est un des personnages-clés de la réussite du projet de Pierre-Paul Riquet, notamment dans les premières années de réflexion et de négociation avec le pouvoir royal.
Jusqu’à sa mort en 1669, il est un soutien indéfectible pour Riquet. Il l’épaule notamment dans sa recherche constante de sources de financement, tout en apportant un crédit permanent au sérieux et à la compétence de Riquet auprès des États du Languedoc et de Colbert.

Le musée des Arts Précieux Paul-Dupuy possède aussi le portrait gravé par Peter Van Schuppen en 1665, eau-forte et burin, inv. 57.44.454 (cat. Mesuret, 1967, n° 76)
Le ministre : Jean-Baptiste Colbert (1619-1683)
1662-1680 : Colbert et Riquet se rencontrent à Paris à plusieurs reprises et entretiennent, de 1662 à 1680, une intense correspondance.

Benoît AUDRAN d’après Claude LEFEBVRE (1632-1675) Jean-Baptiste Colbert, fin du XVIIe siècle, eau-forte et burin. Inv. 67.64.5
Le 15 novembre 1662, Pierre-Paul Riquet écrit à Colbert avec le soutien de l’archevêque de Toulouse, Charles-François d’Anglure de Bourlemont.
Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des Finances du roi suit de très près la construction du Canal.
Colbert et Riquet se rencontrent à Paris à plusieurs reprises et entretiennent, de 1662 à 1680, une intense correspondance. Celle-ci permet à Colbert d’assurer un contrôle permanent et rigoureux de la construction de la voie d’eau. Oscillant entre confiance et suspicion, il s’assure notamment de la tenue des délais, de la solidité des ouvrages, de la qualité de la main d’œuvre embauchée par Riquet et de son sérieux dans le financement du chantier.
1666 : signature de l’édit par Louis XIV
En 1666, après deux ans de tractations, Louis XIV signe l’édit de construction du canal royal du Languedoc (ancien nom du canal du Midi).

« EDIT DU ROY Pour la construction d’un canal de communication des deux Mers, Océans & Méditerranée, pou le bien du Commerce, & autres avantages y contenus. » (réédition de 1757)
Ce manuscrit de 1666 signé par le roi est conservé aux Archives départementales de Haute-Garonne. Il n’en sort que pour les grandes occasions comme en 2016 pour le 350e anniversaire de l’acte fondateur du canal du Midi.
Le parchemin comprend une quinzaine de pages, il est signé par Louis XIV en personne et par Colbert son ministre des finances. Cette pièce historique datée d’octobre 1666 est l’acte fondateur du canal du Midi.
» Par cet édit Louis XIV ordonne qu’il soit procédé à la construction d’un canal de navigation et communication du canal des deux mers océane et Méditerranée. »
Riquet y est mentionné une fois.
L’édit royal comporte aussi un devis. Une enveloppe de 3,6 millions de livres était prévue pour les travaux soit l’équivalent de 8,7 millions d’euros.

