Le temps des célébrations
Épigraphe

Détail de la carte de Nicolas de Fer, Une Renommée, Paris, 1712. Inv. 1405
« Ce monument est votre ouvrage, fameux Riquet; c’est à vous que Béziers, où vous prîtes votre naissance, est redevable de sa fortune & de sa réputation ; c’est à vous que la France doit la merveille qui l’honore le plus et l’enrichit davantage.
Alcide, en applanissant (sic) des montagnes, en détournant le cours des fleuves, s’est acquis l’immortalité.
Vos travaux ont surpassé ceux d’Hercule en nous procurant la communication des deux mers, par un canal d’une immense étendue, & le chef d’œuvre d’un esprit supérieur. Ah ! si le spectacle des choses d’ici bas vous touche encore, daignez du haut des cieux considérer votre ouvrage ! »
Jacques Vanière (1664-1739), Éloge à Pierre-Paul Riquet (extrait), 1742

Étienne-Jehandier Desrochers, Portrait de Jacques Vanière, eau-forte et burin, domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=62426331
1672 : L’ouvrage célébré avant son achèvement
Description des Travaux qui se font en Languedoc (…) , 1672

L’exemplaire conservé au musée des Arts Précieux Paul-Dupuy se présente en 11 feuillets libres (inv. 67.37.1 à 67.37.11, cat. Mesuret, 1967, n°s 12 à 22). Il s’agit d’une deuxième impression en 1674.
La première édition de 1672 est imprimée à Toulouse par Jean Pech pour Dominique Camusat. Elle est conservée à la bibliothèque universitaire de l’Arsenal
(rés. PfXVII-334). Texte intégral
En 1672, M. de Froidour publie un livret à Toulouse afin de louer les travaux en cours du canal et saluer le génie et la ténacité de Riquet.
Le titre en est Lettre […] contenant la relation et la description des travaux qui se font en Languedoc pour la communication des deux mers. Par M. de Froidour, commissaire député pur la reformation générale des Eaux et Forêts de la grande Maîtrise de Toulouse.
Elle est dédiée à Monsieur Barrillon Damoncourt, conseiller du roi, intendant de justice, police et finances en Picardie.
Extrait de l’avertissement au début de l’ouvrage :
« Je ne ne veux pas dire qu’il y eut nécessité, que cette Relation vit le jour, pour la justification de Mr. Riquet, l’Inventeur et l’Exécuteur de ce beau dessein, qui lui a attiré la jalousie et la censure de tant d’Esprits mal tournés et mal intentionnés. C’est un intérêt particulier où le Public n’a pas véritablement trop de part ; et enfin l’exécution et la consommation de son travail dissipera assez l’erreur et la malice de ceux qui le décrient. Mais après tout, il était assez raisonnable, qu’une entreprise si louable, et si glorieuse à la France, trouva par avance un charitable défenseur, qui fit venir la vérité à son secours contre l’injuste calomnie. »

Carte du cours du Canal à la suite de l’avertissement. Les planches sont gravées sur cuivre par Florent François Rabault, graveur toulousain actif au XVIIe siècle.
1681 : relation de la navigation inaugurale
Quatorze ans après le début des travaux, 25 barques partent de Castelnaudary à Sète pour le voyage inaugural en 1681.
Ce voyage ou plutôt cette « première navigation » est relatée dans un livret édité à Toulouse par Jean Boude en 1681, inv. 16548.
Une première navigation en deux temps

Jacques-Dominique GAVARD, diagraphe et pantographe d’après la gravure de Jean-Eugène LECLERE pour La Galerie historique de Versailles, Henri-François d’Aguesseau, après 1839, inv. 67.64.4 (cat. Mesuret, 1967, n° 81).

Hyacinthe Rigaud (attribué), Henri-François d’Aguesseau, entre 1705-1715, château de Versailles.
À partir du 2 mai, à la demande du roi, Henri-François d’Aguesseau (1668-1751), intendant du Languedoc, réalise un premier voyage d’inspection et de mise en eau du canal de Béziers à l’Embouchure, à Toulouse.
« Le Canal ne fut pas plutôt en sa perfection, que le Roy envoya ses ordres au sieur d’Aguesseau Intendant de Languedoc, pour en faire une visite à sec, & pour y faire ensuite mettre l’eau & y faire essayer la première navigation.
Il repart dans l’autre sens avec sa « Compagnie » le 15 mai et rejoint l’ensemble des invités à Castelnaudary le 17 pour le voyage inaugural jusqu’à Sète. La compagnie s’est alors agrandie du cardinal de Bonzi, l’évêque de Béziers et d’Alet, et plusieurs seigneurs de la province et des « Estats de Languedoc ».
Malheureusement, Pierre-Paul Riquet est décédé avant la fin des travaux, le 1er octobre 1680, à Toulouse. Ses deux fils purent achever l’ouvrage : Jean-Mathias (1638-1714), qui prend la direction et Pierre-Paul II (1646-1730).
Ils sont bien sûr présents lors du voyage inaugural un an plus tard, en 1681.
Tracés des deux voyages : en bleu celui de l’inspection du 2 au 10 mai (?) et en vert, le voyage inaugural du 15 au 25 mai. Carte de Nicolas de Fer (1646-1720), géographe du roi, imprimé en 1712 à Paris. Inv. 1405 (détails).

Du 2 au 8-10 mai : inspection d’Henri-François d’Aguesseau avant le voyage officiel
Lors de ce premier voyage à sec, d’Aguesseau et sa compagnie longent le canal de Béziers jusqu’au réservoir de Saint-Féréol puis jusqu’à l’Embouchure du canal dans la Garonne, près de Toulouse. En effet, en 1681, la partie entre Castelnaudary et Béziers est la dernière portion à n’avoir pas été mise en fonction. Le ministre suit de très près la mise en eau de cette partie.

Détail de la carte de Nicolas de Fer (1712), le halage.
Dès sa mise en service, le canal est utilisé pour le transport des voyageurs et du courrier. Un service de « malle-poste » est mis en place sur des bateaux empruntant le canal. Les bateaux sont tirés par des chevaux sur les chemins de halage. La durée du voyage est de quatre jours de Toulouse à Sète.
« II [Henri-François d’Aguesseau] partit de Béziers le 2 du mois dernier ; et il suivit tout le Canal jusqu’au point de partage : d’où il alla visiter le réservoir de S. Féreol. (…)
Le sieur d’Aguesseau continua sa route jusqu’à l’embouchure du Canal de Garonne, ll employa six jours à cette visite, suivant exactement les bords du Canal, dont il vérifia les devis, et examina soigneusement les excavations, les taluts, les Ecluses, les chaussées qui arrestent les rivières que le canal reçoit (…) »
Henri-François d’Aguesseau est alors accompagné des principales personnalités ayant contribué à la construction du canal du Midi, hormis Pierre-Paul Riquet décédé l’année précédente (voir plus haut) :
- Les fils de Pierre-Paul Riquet, Jean-Mathias « Sieur de Bonrepos Maistre des Requestes », et Pierre-Paul II « comte de Caraman Capitaine aux Gardes »
- ses deux gendres « sieur de Lanta Baron des Estats de Languedoc, & sieur de Lombrail trésorier de France,
- par le Père Mourgues
- par le sieur de la Feuille « Inspecteur du Canal »
- et bien sûr le « Sieur Andreossy« ,
- et deux autres « Controlleurs generaux & conducteurs des ouvrages ».
Du 15 au 25 mai 1681 : le voyage officiel
Une fois le canal entièrement mis en eau, d’Aguesseau entame le voyage en sens inverse, à partir de Toulouse, le 15 mai. Il exerce alors un contrôle très rigoureux. Il fait sonder l’eau toutes les cent toises (200 m environ).

Détail de la carte de Nolin (1712).
« Le sieur d’Aguesseau après le remplissage du Canal s’embarqua sur la Garonne le 15, du mois dernier, & se rendit par le Canal à Castelnaudary le 17. Dans sa route il faisait sonder l’eau de cent toises en cent toises ,& dressoit un Procès verbal de l’estat du Canal ; ce qui a continué avec un grand soin jusqu’au port de Cete (sic). »
Henri-François d’Aguesseau est alors accompagné des mêmes personnes qu’à l’aller. Le 17 mai, ils rejoignent l’ensemble des invités à Castelnaudary pour le voyage inaugural jusqu’à Sète. La compagnie s’est alors agrandie du cardinal de Bonzi (voir ci-dessous), l’évêque de Béziers et d’Alet, et plusieurs seigneurs de la province et des « Estats de Languedoc ».
« La compagnie », c’est le nom donné à l’ensemble des personnalités qui a participé à la première navigation, selon la relation de Jean Boude.
Parmi elle : le sieur d’Aguesseau bien sûr, l’évêque de Saint-Papoul (François de Barthélemy de Gramont né à Toulouse, 1625-1716, évêque de 1677 à 1716, aucun portrait connu) et le cardinal Bonzi (Florence, 1631 – Montpellier, 1703). Le cardinal de Bonzy, est l’archevêque de Toulouse (1672-1673), puis de Narbonne (1673-1703). De nombreuses dédicaces lui sont adressées via les gravures ou les livres imprimés (voir le jeu du canal de François Andreossy).
Dans sa description, Jean Boude montre l’enthousiasme du cardinal pour l’événement. Le paragraphe le concernant débute ainsi :
« Le même jour [17 mai], Le Cardinal Bonzi qui voulait être témoin du succès d’une affaire si importante à la Province de Languedoc, des Etats de laquelle il est le Président né, à cause de son Archevêché de Narbonne, se rendit à S. Papoul, accompagné des Évêques de Béziers et d’Alet, du Marquis de Villeneuve Baron des États, du sieur de Monbel Syndic général de la Province, du sieur de Pujols, Secrétaire aux États de Languedoc, et du sieur Mariotte Greffier des memes Estats.«
« Le sieur d’Aguesseau alla les joindre avec sa compagnie;
et ils furent magnifiquement traitez par l‘Evesque de S. Papoul.«
Dans la carte ci-dessous, nous voyons les différents diocèses traversés par le canal jusqu’en 1789 et par conséquent les fiefs de chacun des dignitaires mentionnés dans le récit de la première navigation : le cardinal de Bonzy : archevêque et primat de de Narbonne, l’évêque de Saint Papoul, les évêques de Béziers et d’Alet etc.

Le 19 mai, après les bénédictions d’usage et les cérémonies diverses, ils repartent à bord de « barques ».
Une embarcation spéciale a été prévue pour la digne compagnie L’Evêque de Saint Papoul qui faisoit la cérémonie […] estoit suivi par le Cardinal Bonzi, par les Prélats, par le sieur d’Aguesseau et par les autres personnes de leur compagnie |…|

Le 19, A sept heures du matin, toute la compagnie se rendit à l’Eglise Collégiale de Castelnaudary : d’où l’on marcha processionnellement vers l’Eglise de Saint Roch.
L’évêque de Saint Papoul donna la bénédiction aux eaux du canal, aux barques et à toute l’assemblée […]
Cependant, le Cardinal Bonzi, les quatre Prélats, l’Intendant, et les autres persones qui les avoient accompagnez, entrèrent dans la barque, qu’on leur avoit préparée.
Elle estoit de cinquante pieds* de long et de douze de large, toute peinte par dedans et par dehors. Outre les deux chambres de proue et de poupe pour les matelots, il y en avoit une
au milieu de vingt-deux pieds de long, proprement boisée, tapissée et meublée, et qui étoit éclairée par six fenêtres vitrées. Elle estoit suivie par deux autres barques, l’une pour les domestiques, et l’autre pour les offices.
Ce train navigua jusqu’à Béziers où le Cardinal Bonzi et les Prélats se séparèrent après le dîner, pour retourner à leurs évêchés. (La Première Navigation, 1681, pp. 7-10)
- Un pied = 324,839 mm, la barque mesurait environ 16 m long.
Éloges du canal par la gravure
1677 : Gravure à la gloire de Louis XIV
Cette gravure est offerte en 1677 à Louis XIV par l’abbé d’Estrehan. Elle célèbre la réussite certaine du canal alors en pleine construction.

Sébastien LECLERC (1637-1714), Hommage à Louis le Grand, sur l’établissement du Canal Royal des Deux-Mers, eau-forte, 1677, Inv. 53.85.1
Sébastien Leclerc est un témoin précieux du règne de Louis XIV dont il est l’un des graveurs les plus représentatifs. Son œuvre colossale de plus de 3 000 pièces transcrit avec grandeur, élégance et précision les manifestations essentielles et fait de lui un véritable chroniqueur de son temps (voir l’Inventaire du Fonds Français, BnF, T. 8 et T. 9)
Dès le XVIIe siècle, la construction du Canal Royal des Deux Mers est considérée comme l’œuvre du roi. À travers les arts, il est ainsi célébré pour avoir dominé la nature et dompté les eaux, afin d’offrir au monde ce que tant d’autres monarques ont rêvé, en vain, de faire avant lui.
Le portrait en médaillon de Louis XIV, environné des Renommées, souligné par le dessin de la façade du Louvre, domine cette vaste composition allégorique.
Un cartel central accueille une ode en latin à la gloire du souverain. Il reçoit les hommages de la Fortune, à droite, répandant ses richesses et d’une Minerve victorieuse, accompagnée des attributs de la science.
En bas de la gravure, on trouve la représentation allégorique traditionnelle du Canal du Midi, celle de la jonction de l’Océan (le dieu Neptune) et de la Méditerranée (une nymphe marine à queue de poisson). Chacun reçoit dans une urne les eaux coulant d’une coquille symbolisant le seuil de Naurouze, point de partage, centre stratégique et symbolique du Canal. Le canal est également représenté par un plan très schématique à leurs pieds.
Le jeu du canal d’Andreossy : une bagatelle harmonieuse (1682)

L’œuvre : Portrait gravé de François Andreossy (1633-1688), pour servir de frontispice pour l’ouvrage du général Andreossy (Tome I, an XIII-1804). Inv. 57.44.906 (cat. Mesuret, 1967, n° 69).
François Andreossy (1633-1688) est un ingénieur, géomètre et cartographe français, dont la famille est originaire de Lucques en Italie. Elle a francisé son nom en remplaçant l’i par un y grec. C’est encore une fois Charles-François d’Anglure de Bourlemont, archevêque de Toulouse qui le présente à Pierre-Paul Riquet.
Spécialiste de génie civil et en particulier d’hydraulique, François d’Andréossy, devient l’ingénieur, niveleur, dessinateur et cartographe de Pierre-Paul Riquet. Il allait travailler au service du canal tout le reste de sa vie, et ses descendants continuèrent tout comme lui, pendant un siècle. Excellent cartographe, il réalisa, dans les années 1650, un plan relief de la ville de Narbonne. Il est directeur du canal au département de Castelnaudary de 1680 à 1686.

Dédicaces et règles du jeu (en ligne sur Gallica.bnf.fr)
Le cardinal de Bonzy est de nouveau le destinataire de la dédicace. Outre, l’importance du personnage, leur origine italienne crée sans doute un rapprochement entre les deux hommes.
On pourrait penser que ce jeu n’est pas très sérieux comme hommage adressé à un éminent homme d’Eglise. Andreossy s’en explique d’ailleurs dans l’épitre qu’il donne au début de l’ouvrage :
« Je reconnais, Monseigneur, que ce n’est qu’une bagatelle que je n’eusse osé présenter à V. E. si elle ne m’en avoit donné la permission. Mais après tout, Monseigneur, si l’on devoit rejetter tout ce qui n’est pas sérieux, que deviendroit tant d’écrits qui n’ont esté faits que pour le plaisir : ZA ce compte-là il faudroit supprimer une infinité de poésies, qui de l’aveu de leurs autheurs ne font que des bagatelles harmonieuses. »
Le jeu s’inspire évidemment du jeu de l’oie, et se jouait avec deux dés. Cependant, cet ouvrage est surtout didactique. Dans son épitre, Andreossy explique qu’il souhaite qu’ « on apprenne toutes les parties qui composent ce grand ouvrage [Le canal] ». Il semble avoir atteint son objectif. En effet, le jeu permet de retenir facilement les caractéristiques de chaque écluse ou lieux importants du canal.
Le jeu débute par l’écluse de Garonne « cotté 1 », c’est en effet, la première écluse construite. Ensuite, si le joueur tombe sur une écluse double, triple et autres « marquées d’un double cercle », doublera le nombre qu’il aura amené.
Une autre règle, par exemple celui qui arrive sur la case « Bureau du canal », cotée 6, devra payer son embarquement et pourra continuer de jouer. Andreossy en profite pour expliquer le fonctionnement du bureau du canal.
Ensuite, il énumère les bonnes hôtelleries se situant près des écluses de Mongiscard, de Négra (Montesquieu-Lauragais). Les joueurs tombant sur ces cases doivent boire un coup ou manger un morceau pendant un tour. Il décrit ensuite le bassin de Naurouze etc.

François ANDREOSSY (1633-1688), Le jeu du Canal Royal, dédié à son Eminence Monseigneur le Cardinal de Bonzy Archevêque et Primat de Narbonne, Eau-forte, 1682, inv. 50.48.1. Feuille libre qui accompagnait sans doute l’ouvrage imprimé à Castelnaudary, Les Règles du jeu du canal royal avec l’explication de tous les travaux qui composent ce grand ouvrage [par F. Andreossy] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87107838/f11.item (BnF, département Réserve des livres rares, RES P-V-425)
Une carte élogieuse
Abondance de dédicaces ne nuit point !
Epitaphe, médailles à l’effigie du roi Louis XIV, blasons des ducs, comtes, cardinaux et évêques qui sont mentionnés dans la « Première navigation » ci-dessus… Jean-Baptiste Nolin, graveur de sa majesté royale Monsieur, frère du roi, ne fait pas semblant lorsqu’il dédicace une estampe.
Pour découvrir la carte en détail de Jean-Baptiste Nolin, 1697

Le spectacle de la nature de l’abbé Pluche

Frontispice pour le tome III de l’ouvrage de l’abbé Pluche, Le spectacle de la nature, ou Entretiens sur les particularités de l’histoire naturelle qui ont paru les plus propres à piquer la curiosité de la jeunesse et à lui former l’esprit. Les plantes cultivées, Paris, Paris, Veuve Estienne, 1735-1744. Lire en ligne, édition de 1875 (Gallica.bnf.fr)
Soixante après, cette gravure commémore la réussite du grand projet : la jonction de l’Océan et de la Méditerranée.
Les artistes ont choisi d’inscrire dans le cuivre*, le moment où Pierre-Paul Riquet, soutenu par l’ingénieur François Andreossy, présente son projet au ministre Colbert.
Il s’agit d’une reconstitution allégorique et pédagogique et non d’un portrait fidèle.
Le Spectacle de la nature est un ouvrage de vulgarisation en plusieurs tomes. L’un des précurseurs de l’Encyclopédie Diderot et D’Alembert, au même titre que la fameuse Description des Arts et Métiers initiée du temps de Louis XIV par l’Académie des Sciences (voir réédition de 1771 sur le site du CNUM).
* Le graveur gravait la composition sur une plaque de cuivre au burin et/ou à l’eau-forte avant d’être encrée. Recouverte ensuite d’une feuille de papier, elle passait sous la presse à imprimer.
Éloges du canal (et de Louis XIV) par les médailles
Nous avons vu les premières médailles frappées pour la cérémonie officielle d’ouverture des travaux du canal à Toulouse le 27 novembre 1667 (voir Le temps des travaux).
De nouvelles médailles furent réalisées pour célébrer la fin de l’ouvrage en 1681. La médaille commémorative ne fut conçue que sept ans plus tard. Cette lenteur est liée à celle de la réalisation de l’histoire du règne de Louis XIV par les médailles portée par l’Académie des Inscriptions et Médailles. Michel Molart (1614-1713) est l’auteur de la médaille de « l’achèvement du Canal des deux mers en 1681 ».
Les auteurs de l‘article sur l’histoire du canal par les médailles rappelle que la composition du revers est « baroque et exubérante » qui diffère du revers purement antiquisant de Jean Warin. Elle rappellerait plutôt des fontaines réalisées à l’époque dans les jardins de Versailles, ou peut-être même la scène d’un spectacle.

Michel Molart (1614-1713) est l’auteur de la médaille de « l’achèvement du Canal des deux mers en 1681 », 1688. Inv. 24767 © M.-L. Le Brazidec.
Pour la seconde édition des Médailles sur les principaux événements du règne entier de Louis le Grand, avec des explications historiques. 1723. Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES FOL-LJ27-14 (C, BETA). (Consultable en ligne Gallica.bnf.fr)

Avers : portrait du roi à l’antique comme le veut l’iconographie officielle le roi Soleil.

Revers : « Neptune d’un coup de trident ouvre la Terre et y forme une communication entre les deux Mers », médaille gravée par Jean Warin, 1723. Inv. 24794.


Encadrement de la page dit « à la Bérain » gravé par Louis Simonneau (1654-1727), graveur du roi.
A l’avers, le portrait du roi est gravé par Gérard Edelinck d’après le dessin d’Antoine Coypel qui a travaillé d’après les médailles de Jean Warin. Plusieurs graveurs ont réalisé les revers : les frères Audran, les frères Simonneau.
Monuments (petits et grands) érigés à la gloire de Riquet
Un monument et une médaille en l’honneur de Pierre-Paul Riquet : Naurouze
(d’après l’article de William Eisler et Marie-Laure Le Brazidec L’histoire du Canal du Midi à travers les médailles, 2023.)
Au début du XIXe siècle, les héritiers de Riquet élaborent deux projets : une publication en 1805 racontant l’histoire du Canal du Languedoc et un le second est le monument commémoratif, en 1825, à Naurouze, lieu emblématique du partage des eaux du canal. De nouvelles médailles sont alors frappées (en savoir plus sur le seuil de Naurouze à Montferrand –> Canal du midi officiel)
Médaille gravée par E. Dubois et de Puymaurin.

Avers : P.E P.L DE RIQUET – BARON DE BONREPOS., avec un buste habillé à droite, signé : E. DUBOIS F.T DE PUYMAURIN DI. 1825. Inv. 20180

Au revers, une longue inscription : AP. P. DE RIQUET AUTEUR DU CANAL ROYAL DES DEUX MERS // À L’EXERGUE : ERIGE PAR SES DESCENDANTS / A NAUROUSE L’AN 1825. / – / EDITS DE CONSTRUCTION / ET DE CONCESSION PERPETUELLE / OCTOBRE 1666, accompagnée de la représentation de l’obélisque de Riquet sur un monticule de briques et de terre., 1825. Inv. 20180
Ces nouvelles médailles ont été frappées, à la seule gloire de Riquet . Cette médaille fut déposée avec plusieurs autres, dont les exemplaires des XVIIe et XVIIIe siècles, dans un coffre en plomb, en dépôt de fondation.
Un manuscrit contenant des plans et dessins du monument et des médailles nous permet de connaître la composition de ce dépôt, dans lequel nous retrouvons uniquement les exemplaires officiels, à côté également de jetons liés aux activités de Riquet.

Constantin, Panorama du monument élevé à la mémoire de P.P Riquet à Naurouze. Phototypie, 1853. Les chiffres indiquent les hauteurs au-dessus du niveau de la mer.

Henri Maignan (Bordeaux, 1815- Rions, 1900), Monument de Naurouze, 1856, crayon noir. Inv. 71.124.3
Statues en pied de Riquet
Projet de David d’Angers (1788-1856) pour répondre à la souscription lancée en 1835 par Béziers pour la réalisation d’une statue de Riquet.


1838 : L’œuvre est inaugurée à Béziers le 21 octobre 1838, lors d’une grande fête populaire.
En 1853, une statue de l’ingénieur est inaugurée à Toulouse. Elle est réalisée par le sculpteur toulousain Bernard Griffoul-Dorval (1788-1861).

1927 : Toulouse. Installation de l’éclairage axial public, allées Jean-Jaurès,
photographie LAFFON A. Inv. D 58.6.1






