C’est fort de café !

« Pourquoi la maison est-elle dans cet état d’être sans café alors que les gens qui l’habitent savent très bien, pour la plupart d’entre eux, que c’est une des choses les plus terribles de la vie que de se lever sans café aucune, dans une maison vidée du café ? » (Marguerite Duras, « La Cuisine de Marguerite » )

Une expression balzacienne

Ah ! Le café ! Pour certains, c’est comme le chocolat ! Indispensable à la vie. Marguerite Duras exprime très bien ce qu’un amateur de café peut ressentir au lever, dans une maison sans café. L’absence de ce parfum unique ne venant pas réchauffer une maison silencieuse.

Portrait de Balzac, Larousse illustré, édition vers 1900

Qui d’autre que Balzac, grand consommateur de café, pouvait inventer cette expression « C’est fort de café ! ». En effet, elle apparaît dans Le Cousin Pons (1848). Elle est également reprise par le général de Gaulle dans le même sens de « c’est inacceptable » dans (Mémoires de guerre, 1954).

Enfin, ne nous refusons pas le plaisir de citer Honoré de Balzac qui nuance les qualités du café avec humour :
Beaucoup de gens accordent au café le pouvoir de donner de l’esprit ; mais tout le monde a pu vérifier que les ennuyeux ennuient bien davantage après en avoir pris. (Traité des excitants modernes, 1838).

Pot à café en faïence

Thé ou café ?

Estampe, "Un petit-maître Gascon qui va prendre son caffé" par Foulquier, Toulouse, inv. 56 48 20
« Un petit-maître Gascon qui va prendre son caffé » eau-forte de Foulquier, XVIIe siècle, Toulouse

Le café se terminait souvent par un « pousse-café » autrement dit « bistouille » dans le Nord ou encore « consoler son café ». En fait, il s’agissait d’ajouter de l’alcool (liqueur ou eau-de vie) dans le breuvage ou prendre un petit verre de liqueur après avoir bu le café.

Réchaud-théière/tisanière, cuivre, dix-neuvième siècle,
Réchaud-théière/tisanière, cuivre, XIXe siècle
Moulin à café
Moulin à café, bois et métal, XIXe siècle
Bouteille à liqueur, porcelaine, dix-neuvième siècle, inv. 7236
Bouteille à liqueur, porcelaine, XIXe siècle
Théière

Le thé ne suscite pas autant de réactions parmi les écrivains. Cependant, il ne faut pas oublier « le thé au tilleul » de Marcel Proust. Il l’accompagnait d’une petite pâtisserie en forme de coquille de Saint-Jacques. C’est la fameuse madeleine de Proust qui lui permettait de retrouver le souvenir de sa tante (Du côté de chez Swann: A la recherche du temps perdu).

Ensemble tasse et sous-tasse, faïence, dix-huitièmesiècle
Ensemble tasse et sous-tasse, faïence, XVIIIe siècle

Chocolat ?

Chocolatière dans "La Belle Dormeuse", estampe d'Avril d'après Mercier, dix_huitième siècle
Chocolatière dans « La Belle Dormeuse », estampe d’Avril d’après Mercier, XVIIIe siècle

Si le café et le thé « ne sont pas la tasse de thé » de tout le monde, il reste la boisson chocolatée. Le chocolat est introduit à la cour de France par Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne Philippe III, et mariée à Louis XIII en 1615. Ainsi, la marquise de Sévigné se fait l’écho des passions qui se déchaînent autour du chocolat : tantôt il est portée aux nues, tantôt, il est la cause de tous les maux. Voltaire est également un adepte du chocolat. En effet, il en consomme « de cinq heures du matin à trois heures de l’après-midi », lorsqu’il est en pleine création littéraire.

Levasseur d'après Krause, "La chaufferette" (détail) eau-forte et burin, dix-huitième siècle, inv. 1622
Levasseur d’après Krause, « La chocolatière » (détail) eau-forte et burin, XVIIIe siècle
Pot en faiïence cacao
Chocolatière en cuivre
Chocolatière en cuivre
Chocolatière, cuivre et bois, dix-huitième siècle,e siècle
Chocolatière, cuivre et bois, XVIIIe siècle (?) inv. 10011
Chocolatière, cuivre et bois, dix-neuvième siècle
Chocolatière, cuivre et bois, XIXe siècle
Luis Egidio Meléndez, Nature morte avec un service de chocolat, 1770, Luis Eugenio Meléndez (1716-1780), © Musée du Prado, Madrid
Luis Egidio Meléndez , Nature morte avec un service de chocolat, 1770 © Musée du Prado, Madrid

La célèbre recette du chocolat sous Louis XV

« Vous mettez autant de tablettes de chocolat que de tasses d’eau dans une cafetière et les faites bouillir à petit feu quelques bouillons ; lorsque vous êtes prêts à le servir, vous y mettez un jaune d’œuf pour quatre tasses et le remuez avec le bâton sur un petit feu sans bouillir. Si on le fait la veille pour le lendemain, il est meilleur, ceux qui en prennent tous les jours laissent un levain pour celui qu’ils font le lendemain ; l’on peut à la place d’un jaune d’œuf y mettre le blanc fouetté après avoir ôté la première mousse, vous le délayez dans un peu de chocolat de celui qui est dans la cafetière et le mettez dans la cafetière et finissez comme avec le jaune. » 

Dans « Les soupers de la Cour ou l’Art de travailler toutes sortes d’aliments pour servir les meilleurs tables suivant les quatre saisons », Menon, 1755 (BnF, V 26995, tome IV, p. 331.

Et la tisane !

De jolis et ingénieux objets ont été créés pour faire infuser les herbes et maintenir la boisson au chaud : ce sont les réchauds-veilleuses ou veilleuse-tisanière. Elles se développent après 1769 et la découverte de la porcelaine dure. La veilleuse peut prendre des formes très diverses, architecturales, anthropomorphes comme le montrent les exemplaires du musée Paul-Dupuy (fin XIXe siècle).

Tisanière
Tisanière
Tisanière
Tisanière
Tisanière